Les faits établis
Le trafic commercial traité par les ports marocains atteint 148,6 millions de tonnes au premier semestre 2026, contre près de 130 millions un an plus tôt. La progression de 14,4% donne l'image d'un système portuaire en forte expansion. Pourtant, plus de la moitié des volumes relève désormais du transbordement, une activité dans laquelle la marchandise change de navire sans nécessairement entrer dans l'économie intérieure.
Le transbordement totalise 82,6 millions de tonnes, en hausse de 28,6%, et pèse 55,6% du trafic global. Il explique donc l'essentiel de l'accélération observée au niveau national. Ce résultat confirme la fonction de plateforme maritime du Maroc, mais il ne doit pas être confondu avec une progression équivalente des importations, des exportations ou de la demande domestique.
Le trafic domestique atteint 66 millions de tonnes et n'augmente que de 0,6%. Dans cet ensemble, les importations progressent de 3,6%, à 40,7 millions de tonnes, alors que les exportations reculent de 1,6%, à 20,6 millions. Le cabotage baisse de 14,6%, à 3,9 millions de tonnes, et le soutage d'hydrocarbures diminue de 4,1%, à 868 000 tonnes.
Les filières donnent une lecture tout aussi contrastée. Les céréales progressent de 13,8%, à 5,8 millions de tonnes, et les hydrocarbures importés de 7,7%, à 7,1 millions. Le trafic de conteneurs atteint 6,3 millions d'EVP, en hausse de 1,7%, tandis que 357 634 voitures neuves ont été traitées, soit 12,9% de plus qu'un an auparavant.
Dans le même temps, les phosphates et produits dérivés reculent de 11,2%, à 14,6 millions de tonnes. Le charbon diminue de 2,9%, à 5,2 millions, et le transport international routier de 3,2%, à 301 191 unités. La croissance agrégée ne signifie donc ni hausse uniforme des exportations ni progression de tous les segments industriels.
Le trafic de voyageurs reste presque stable : 1,6 million de passagers ont transité par les ports, en baisse de 0,3%. La croisière progresse de 2,4%, avec 174 366 croisiéristes. Les débarquements de la pêche côtière et artisanale diminuent de 6,3%, à 367 184 tonnes. Ces indicateurs rappellent que les ports remplissent des fonctions commerciales, logistiques, touristiques et territoriales différentes.
La comparaison avec l'Agence nationale des ports exige de distinguer les périmètres. Pour l'ensemble de 2025, les ports gérés par l'ANP ont dépassé 102,4 millions de tonnes, en hausse de 2,5%. Ce chiffre n'inclut pas le même périmètre que le total national du premier semestre 2026. Le document officiel de l'ANP signale aussi 830 millions de dirhams d'engagements d'investissement en 2025, ce qui éclaire l'effort consacré à la maintenance et à la résilience des infrastructures.
Les données de Marsa Maroc offrent un troisième niveau de lecture, celui d'un opérateur. Au premier trimestre 2026, son trafic consolidé progresse de 4%, à 16,3 millions de tonnes, tandis que son chiffre d'affaires augmente de 12,1%, à 1,435 milliard de dirhams. Dans son propre portefeuille, le trafic de conteneurs import-export progresse de 8% alors que le transbordement recule de 8%. Cette divergence ne contredit pas la statistique nationale : elle montre que ports, terminaux et opérateurs ne suivent pas tous la même trajectoire.
Pour l'économie marocaine, le principal enseignement est donc double. La puissance de transbordement renforce le rôle du pays dans les chaînes maritimes internationales. En parallèle, la faible progression du trafic domestique et le recul des exportations en volume invitent à ne pas utiliser le total portuaire comme substitut à un indicateur du commerce extérieur ou de la production nationale.
La suite dépendra de la capacité à maintenir les volumes de transbordement tout en améliorant les flux directement liés à l'économie marocaine. Les données du second semestre devront préciser si les exportations se redressent, si la hausse des importations reflète un cycle d'investissement ou de consommation, et si les nouveaux investissements portuaires améliorent durablement la fluidité, la capacité et la valeur ajoutée logistique.
Contexte
Le Maroc combine un grand hub de transbordement, des ports relevant de l'ANP et plusieurs opérateurs de terminaux. Les chiffres nationaux, institutionnels et opérationnels décrivent donc des périmètres différents qui doivent être rapprochés sans être additionnés.
Pourquoi c’est important
La progression du trafic conforte le positionnement maritime du Maroc, mais la structure des flux détermine l'effet réel sur l'économie. Le transbordement soutient la centralité logistique; les exportations, le trafic domestique et les activités portuaires locales renseignent davantage sur les retombées internes.
À suivre
La part du transbordement dans le trafic total au second semestre 2026.
Le redressement ou non des exportations et du cabotage.
L'évolution des phosphates, des conteneurs et des véhicules neufs.
Ce que les sources ne disent pas encore
Les données disponibles ne donnent pas encore une ventilation complète par port pour le premier semestre, ni la valeur monétaire des marchandises, les marges des opérateurs ou l'effet direct sur l'emploi. Les périmètres du ministère, de l'ANP et de Marsa Maroc ne sont pas identiques.