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Économie

Chômage à 9,5% : ce que change la nouvelle mesure du marché du travail

Le nouveau taux strict recule au deuxième trimestre 2026, mais il ne peut pas être comparé directement à l'ancienne série. Les indicateurs élargis montrent une pression toujours forte sur les femmes et les jeunes.

Siège du Haut-Commissariat au Plan au Maroc
Photo contexteLe siège du Haut-Commissariat au Plan, institution productrice des données nationales sur l'emploi.Photo : La Vie ÉcoSource
Rédaction LeFrontline
Rédaction LeFrontline Cellule analyse Rabat
PubliéSamedi 8 août 2026 à 11:07 4 min de lecture
Lecture rapide
  • Le chômage strict atteint 9,5% au deuxième trimestre 2026, contre 10,8% au trimestre précédent.
  • Le taux monte à 14,8% chez les femmes et à 27,2% chez les 15-24 ans.
  • Le chômage strict combiné à la main-d'œuvre potentielle atteint 14,7%, et 24,2% chez les femmes.
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Les faits établis

Le chiffre de 9,5% constitue le premier repère du deuxième trimestre 2026, mais il ne doit pas être isolé de la réforme statistique qui l'accompagne. Le Haut-Commissariat au Plan utilise désormais l'Enquête sur la Main-d'œuvre, dite EMO 2026, en remplacement de l'Enquête nationale sur l'emploi. Le nouveau dispositif retient une définition plus stricte du chômage et élargit, en parallèle, la mesure des différentes formes de sous-utilisation du travail.

Dans ce cadre, une personne au chômage strict doit être sans emploi, disponible pour travailler et engagée dans une recherche active. Les personnes disponibles qui ne recherchent pas activement un poste, ainsi que celles qui effectuent des démarches sans être immédiatement disponibles, sont comptées ailleurs dans le système d'indicateurs. Le recul du taux principal doit donc être lu avec les autres mesures publiées par le HCP, et non comme un diagnostic complet à lui seul.

Entre le premier et le deuxième trimestre 2026, le chômage strict recule de 1,3 point, de 10,8% à 9,5%. Il s'établit à 11,9% en milieu urbain et à 5,4% en milieu rural. Cette amélioration trimestrielle traverse les catégories suivies, mais les écarts demeurent importants. Le taux des hommes ressort à 8,1%, contre 14,8% pour les femmes, soit un différentiel qui reste au cœur du problème d'inclusion économique.

L'âge confirme une autre fracture. Les 15-24 ans affichent un taux de chômage strict de 27,2%, même après une baisse de 2 points sur le trimestre. Pour les 25-34 ans, le taux atteint 14,5%. Le diplôme ne protège pas automatiquement contre l'absence d'emploi : le chômage strict touche 16,7% des personnes ayant un diplôme avancé et 16% de celles disposant d'un diplôme intermédiaire, contre 3,8% parmi les personnes sans diplôme.

Le taux principal ne couvre pas toute la pression disponible sur le marché du travail. Le chômage strict combiné au sous-emploi lié à la durée du travail atteint 14%. Le chômage strict combiné à la main-d'œuvre potentielle ressort à 14,7%. Pour les femmes, ce second indicateur grimpe à 24,2%, contre 11,9% pour les hommes. Ces écarts montrent pourquoi la seule variation du taux de 9,5% ne suffit pas pour apprécier l'accès réel à une activité rémunérée.

Les volumes donnent une autre échelle de lecture. Le HCP compte 1 121 000 personnes au chômage strict au deuxième trimestre 2026, dont 79,3% vivent en milieu urbain. Il recense aussi 527 000 personnes en sous-emploi lié à la durée du travail et une main-d'œuvre potentielle de 711 000 personnes. Ces catégories ne se confondent pas, mais elles décrivent ensemble les réserves de travail insuffisamment mobilisées.

La nouvelle enquête modifie aussi la définition de l'emploi : seules les activités exercées contre rémunération ou en vue d'un profit entrent désormais dans cette catégorie. La taille annuelle de l'échantillon passe de 90 000 à 135 000 ménages et la base de sondage intègre les résultats du recensement de 2024. Le HCP vise ainsi une mesure plus précise, notamment aux niveaux régional et provincial, avec un suivi trimestriel renouvelé.

Cette rupture méthodologique impose une discipline de comparaison. Les chiffres EMO 2026 ne doivent pas être opposés directement aux taux publiés auparavant sous l'ancienne enquête. Le HCP a produit des séries rétropolées provisoires pour la période 2017-2025 afin de reconstruire une continuité statistique. Ces séries doivent encore être affinées et leur version définitive est annoncée avec les résultats annuels de 2026, au début de 2027.

Pour la politique publique, l'enjeu n'est donc pas seulement de faire baisser un taux trimestriel. Il faut observer la participation des femmes, l'entrée des jeunes dans l'emploi, la qualité et la durée du travail, ainsi que le passage de la main-d'œuvre potentielle vers une activité rémunérée. Les documents récents de la Banque mondiale consacrés au Maroc placent également l'emploi des jeunes et des femmes au centre de leurs priorités, ce qui renforce l'intérêt d'indicateurs comparables et vérifiables.

Le signal positif du trimestre est une détente mesurable dans le cadre EMO. Le signal de prudence est tout aussi clair : les écarts de genre, d'âge et de diplôme restent élevés, tandis que les séries historiques sont encore provisoires. Le prochain test sera de vérifier si l'amélioration se prolonge, si elle se traduit par davantage d'emplois rémunérés et si les indicateurs élargis reculent au même rythme que le chômage strict.

Contexte

L'EMO 2026 aligne la mesure marocaine sur les normes récentes de l'Organisation internationale du Travail, élargit l'échantillon et remplace l'indicateur unique de chômage par une lecture multidimensionnelle de la sous-utilisation de la main-d'œuvre.

Pourquoi c’est important

Pour le Maroc, cette rupture statistique améliore la qualité du diagnostic mais oblige médias, décideurs et lecteurs à abandonner les comparaisons rapides avec l'ancienne série. La question centrale reste l'accès effectif des femmes et des jeunes à un emploi rémunéré et durable.

À suivre

La confirmation ou non du recul au troisième trimestre 2026.

L'évolution du taux de participation des femmes et des jeunes.

La trajectoire du sous-emploi et de la main-d'œuvre potentielle.

Ce que les sources ne disent pas encore

Les données du deuxième trimestre décrivent un état statistique et une variation trimestrielle. Elles ne permettent pas encore d'attribuer la baisse à une politique ou à un secteur précis, ni d'établir une comparaison directe avec les anciennes séries ENE.

Mémoire éditoriale

Le dossier en contexte

Dossier

  1. Institution Haut-Commissariat au Plan 6 sources · 15 articles

Ce qui est établi

  • Croissance nationale prévue à 4,8% en 2026 et à 3% en 2027.

    Vérifié · 2 sources
  • Progression de la valeur ajoutée agricole de 19,1% en 2026.

    Vérifié · 2 sources
  • Contribution du secteur primaire à hauteur de 1,9 point en 2026.

    Vérifié · 2 sources

Chronologie

  1. T2-2026: chômage strict à 9,5% et sous-utilisation de la main-d'œuvre à 18,9%
  2. Emploi : un taux de chômage de 9,5% au 2e trimestre de 2026
  3. Marché du travail 2017-2025 : ce que disent les nouvelles séries rétropolées du HCP
Sources et documents consultés 5 références Notre méthode éditoriale

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Cellule analyse LeFrontline chargée de la veille, de la vérification et de la contextualisation.

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