Le rapport annuel 2025 de Bank Al-Maghrib apporte une précision chiffrée sur un phénomène économique observé sur plusieurs décennies. En analysant les données couvrant la période 2001-2025, la Banque centrale a pu quantifier l'impact du financement public sur la capacité de prêt des banques commerciales. Cette estimation porte spécifiquement sur le canal bancaire, où la présence d'actifs publics dans les bilans des établissements de crédit influence directement l'offre de crédit au secteur privé.
Le mécanisme identifié par l'institution repose sur une corrélation négative entre les actifs publics et le crédit aux entreprises. Selon les calculs de Bank Al-Maghrib, une augmentation de l'encours des actifs publics détenus par les banques, correspondant à un point de PIB, est associée à une diminution de 0,79 point de PIB du crédit accordé aux entreprises privées. Ce chiffre souligne l'ampleur de l'effet d'éviction observé sur le long terme.
Les actifs publics pris en compte dans cette étude comprennent principalement deux catégories de titres et de créances. Il s'agit d'une part des bons du Trésor détenus par les banques et, d'autre part, des crédits accordés aux entreprises publiques. Ces deux composantes constituent une part croissante des bilans bancaires, modifiant ainsi la structure de l'offre de financement disponible sur le marché.
L'augmentation du poids de ces actifs publics dans les bilans des banques est un facteur déterminant de cette dynamique. Bank Al-Maghrib note que la part de ces actifs a nettement augmenté au fil des années. Cette concentration de ressources vers le secteur public limite mécaniquement la disponibilité des fonds pour le financement des activités des entreprises privées, créant ainsi l'effet d'éviction documenté.
L'institution souligne que la diversification des bilans bancaires permet d'atténuer le phénomène de « lazy banking ». Cependant, cette atténuation ne permet pas de supprimer l'effet d'éviction. Le résultat final sur le volume de crédit accordé au secteur privé demeure négatif, confirmant que la présence d'actifs publics dans les portefeuilles bancaires pèse sur le financement de l'économie privée.
La situation actuelle met en lumière une difficulté pour le secteur privé à prendre le relais de l'investissement public. Le financement public mobilise des ressources qui pourraient être allouées aux entreprises. L'enjeu identifié par la Banque centrale réside dans la capacité de l'investissement public à préparer une transition vers un relais assuré par le secteur privé, plutôt que de mobiliser durablement les ressources nécessaires aux entreprises.
Cette analyse s'inscrit dans une continuité de travaux déjà évoqués par Bank Al-Maghrib dans des publications précédentes. Le passage à une estimation chiffrée dans le rapport 2025 marque une étape de précision supplémentaire dans la compréhension de la structure du financement de l'économie marocaine et de l'interaction entre les besoins de l'État et ceux du secteur privé.
Contexte
L'étude s'appuie sur une base de données étendue sur 24 ans, allant de 2001 à 2025, permettant d'isoler une tendance structurelle plutôt qu'une fluctuation conjoncturelle.
Pourquoi c’est important
La quantification précise de cet effet d'éviction permet de mesurer l'arbitrage réel effectué par le système bancaire entre la sécurité des titres publics et le financement de l'économie productive.
À suivre
L'évolution de la part des bons du Trésor dans les bilans bancaires.
La capacité du secteur privé à absorber l'investissement public sans dépendre du crédit bancaire.
Ce que les sources ne disent pas encore
Les sources ne précisent pas la répartition exacte entre bons du Trésor et crédits aux entreprises publiques dans le calcul du point de PIB.