L'étude archéologique, publiée dans la revue Historical Metallurgy, redéfinit la fonction historique de Tamedoult. Située dans la province de Tata, cette cité dont les vestiges subsistent sur les rives de la vallée du Drâa était jusqu'alors principalement associée à des activités agricoles et commerciales transsahariennes. Les nouvelles données scientifiques indiquent que le site constituait en réalité l'un des centres les plus complexes de production et de transformation des métaux pour l'ensemble du nord-ouest de l'Afrique durant la période islamique médiévale.
Cette recherche est le résultat d'une collaboration internationale impliquant le Cyprus Institute, le British Museum et l'Université d'East Anglia. Ces institutions ont travaillé conjointement avec l'Institut national des sciences de l'archéologie et du patrimoine (INSAP) de Rabat. Ces travaux s'inscrivent dans le cadre du « Jbel Bani Archaeological Project », un programme de recherche dont les fouilles sur le terrain ont été initiées en 2018 pour explorer les structures de l'ancienne cité.
Les analyses de laboratoire effectuées sur les restes industriels retrouvés sur le site ont apporté des preuves matérielles de l'activité économique de la cité. Les résultats confirment que Tamedoult, fondée au IXe siècle par les Idrissides, disposait de chaînes de production entièrement intégrées. Ces installations permettaient la transformation de plusieurs métaux essentiels, notamment l'argent, le plomb, le cuivre et le laiton, marquant ainsi une dimension industrielle au site.
La chronologie de l'occupation du site a été précisée grâce à des méthodes de datation scientifique. La datation au radiocarbone (C14) de noyaux de dattes carbonisés, découverts directement sur le site de Tamedoult ainsi que dans la zone voisine de « Telrisht », a permis d'établir une période d'activité continue. Les données indiquent une présence et des activités soutenues dans cette région entre l'année 1233 et le XVe siècle.
Outre les preuves liées à la production métallique, d'autres éléments archéologiques ont été mis au jour lors des investigations. La présence de monnaies datant des périodes almoravide et almohade confirme l'importance économique de la zone à différentes époques médiévales. Ces découvertes renforcent l'idée d'un site structuré autour de flux de production et d'échanges monétaires significatifs dans la vallée du Drâa.
L'importance de ces découvertes réside dans leur capacité à combler un vide historique concernant l'organisation économique de la région. En passant d'une perception de centre commercial et agricole à celle de capitale industrielle, la compréhension de la complexité des sociétés médiévales dans le nord-ouest de l'Afrique est modifiée par ces résultats de laboratoire et de terrain.
Toutefois, les sources historiques actuelles ne fournissent pas de détails suffisants pour expliquer les raisons du déclin de la cité. Si l'ampleur de la production est désormais documentée, les mécanismes ayant conduit à l'arrêt de ces activités industrielles et à l'abandon du site restent à déterminer par des recherches ultérieures.
La recherche souligne ainsi la nécessité de poursuivre l'exploration de la zone de « Telrisht » et des environs de Tamedoult. La compréhension complète de l'intégration des chaînes de production métallurgiques dépendra de la poursuite des investigations archéologiques dans cette partie de la province de Tata.
Contexte
L'ancienne cité de Tamedoult se situe dans la province de Tata, une zone caractérisée par ses vestiges historiques le long de la vallée du Drâa, un axe important pour les échanges historiques dans la région.
Pourquoi c’est important
Cette découverte change le statut archéologique de Tamedoult, passant d'un simple point de passage commercial à un centre de production industrielle spécialisé, modifiant la lecture de l'économie médiévale régionale.
À suivre
La poursuite des fouilles dans la zone de Telrisht.
L'analyse de nouveaux restes de matériaux pour préciser la nature des alliages produits.
Ce que les sources ne disent pas encore
Les sources ne permettent pas de déterminer les causes du déclin de la cité ni de préciser l'étendue exacte des réseaux de distribution des métaux produits.