Le 12 janvier 1912, Henri Matisse, peintre français né en 1869, débarque à Tanger après un passage en Andalousie. Il choisit le Grand Hôtel Villa de France, établissement réputé pour son élégance, et s’installe à la chambre 35, située au deuxième étage. Depuis cette pièce, il découvre une vue imprenable sur la baie de Tanger, la médina aux maisons blanches et l’église anglicane Saint-André. Ce cadre devient le point de départ d’une transformation artistique majeure.
Matisse ne trouve pas immédiatement à Tanger la lumière qu’il espérait. Pendant plusieurs semaines, la ville est enveloppée d’une pluie incessante. Selon Gertrude Stein, le peintre s’interroge alors avec désespoir : « Verrons-nous un jour le soleil au Maroc ? ». Cette période de grisaille contraste avec l’image lumineuse qu’il avait de l’Orient, nourrie par l’orientalisme et l’exposition d’art islamique de Munich en 1910.
Lorsque les nuages se dissipent enfin, la ville se révèle dans toute sa splendeur. Les bleus profonds de la mer et du ciel, les verts des jardins, la blancheur éclatante des maisons de la médina et la silhouette de la kasbah dominant l’océan s’imposent à lui. Ces éléments visuels deviennent les nouveaux piliers de son inspiration. Matisse y voit un espace à la fois réel et suggéré, une rupture avec ses compositions précédentes.
Le séjour tangérois marque un tournant dans sa carrière. Il abandonne progressivement les contours stricts et les couleurs terreuses de ses œuvres antérieures pour adopter une palette plus vibrante et des formes plus libres. La lumière méditerranéenne, filtrée par l’atmosphère de Tanger, lui offre une nouvelle manière de traiter l’espace et la couleur, comme en témoignent ses toiles de cette période.
Tahar Ben Jelloun, dans une lettre imaginaire adressée à Matisse, évoque cette métamorphose. Il écrit : « Tanger se balance. Le ciel est d’un bleu troublant. Ce bleu, tu le feras tien ». Cette phrase résume l’impact durable de la ville sur l’artiste, qui intègre désormais ces tonalités dans son répertoire. La chambre 35 devient ainsi le symbole d’une renaissance artistique.
Matisse quitte Tanger en avril 1912, mais l’influence de son séjour persiste dans son œuvre. Ses tableaux ultérieurs, comme « Les Poissons rouges » ou « Intérieur aux aubergines », portent la trace de cette expérience marocaine. La ville, avec ses contrastes de lumière et ses couleurs vives, a ouvert une nouvelle voie à son art.
Les archives et témoignages de l’époque, dont ceux de Gertrude Stein, confirment l’importance de ce séjour. Stein, qui a côtoyé Matisse, rapporte ses hésitations face au climat maussade avant sa révélation artistique. Ces récits offrent un éclairage sur la genèse de cette période charnière.
Aujourd’hui, la chambre 35 du Grand Hôtel Villa de France reste un lieu de mémoire pour les amateurs d’art. Bien que l’établissement ait changé de nom et de destination, son histoire est indissociable de celle de Matisse. Elle incarne le moment où l’artiste a basculé vers une nouvelle expression, guidée par la lumière et les couleurs de Tanger.
Contexte
Matisse arrive à Tanger après un voyage en Andalousie, dans le sud de l’Espagne. Il est alors en quête de lumière et de couleurs, deux éléments qui lui ont manqué dans le nord de la France. Son passage par l’orientalisme et l’exposition d’art islamique de Munich en 1910 a aiguisé son intérêt pour l’Orient, faisant de Tanger une étape naturelle.
Pourquoi c’est important
Ce séjour à Tanger a marqué un tournant dans l’œuvre de Matisse. La lumière méditerranéenne et les couleurs de la ville ont inspiré une rupture avec ses compositions antérieures, ouvrant la voie à une période plus libre et vibrante. La chambre 35 est ainsi de…
À suivre
L’évolution des œuvres de Matisse après son retour de Tanger, notamment l’intégration des bleus et verts méditerranéens.
Les récits et témoignages de l’époque, comme ceux de Gertrude Stein, qui éclairent cette période charnière.
La préservation de la mémoire de la chambre 35, malgré les changements d’affectation du Grand Hôtel Villa de France.
Ce que les sources ne disent pas encore
Les sources disponibles ne précisent pas les œuvres exactes réalisées par Matisse pendant son séjour à Tanger, ni les détails administratifs ou techniques liés à son installation. Les témoignages indirects, comme ceux de Tahar Ben Jelloun ou Gertrude Stein, apportent un éclairage subjectif mais ne remplacent pas des archives artistiques ou institutionnelles.