Le dispositif actuel, instauré le 1er mai 2026, offre au Maroc une exemption totale de droits de douane sur toutes les lignes tarifaires chinoises, une mesure qui s’applique à vingt pays africains non classés parmi les moins avancés, dont le Maroc, et qui prendra fin le 30 avril 2028. Cette exemption, bien que généreuse, reste limitée dans le temps et ne couvre pas les produits soumis à des contingents tarifaires, dont les modalités exactes ne sont pas détaillées dans les sources disponibles.
Les flux commerciaux entre les deux pays illustrent une asymétrie marquée : en 2025, le Maroc a importé pour 114,1 MMDH de produits chinois, alors que ses exportations vers la Chine ne totalisent que 3,8 MMDH. Ce déséquilibre, équivalent à près de trente dirhams importés pour chaque dirham exporté, constitue le cadre de référence pour toute discussion sur un éventuel accord de libre‑échange.
L’analyse souligne que, compte tenu de l’accès déjà en franchise de droits de douane, un accord de libre‑échange ne générerait que des gains tarifaires limités à court terme. En revanche, il imposerait au Maroc d’assouplir davantage ses propres barrières douanières, ouvrant ainsi le marché national à une concurrence accrue provenant de la Chine.
Parmi les risques identifiés, la réduction des droits sur les produits chinois pourrait exercer une pression sur l’industrie locale, notamment en comprimant les marges des entreprises marocaines qui se retrouvent en concurrence avec des biens à prix plus bas. Cette dynamique pourrait également freiner les investissements productifs nationaux, si les acteurs locaux perçoivent une perte de compétitivité.
Les experts recommandent que le Maroc procède à une cartographie précise des secteurs les plus exposés avant d’entamer des négociations. Il s’agit de distinguer les intrants indispensables, qui pourraient bénéficier d’un coût d’acquisition réduit, des produits finis qui risquent de concurrencer directement les industries marocaines.
Le cadre juridique de l’exemption actuelle, bien que temporaire, ne prévoit pas de mécanismes de compensation ou de sauvegarde pour les industries locales. L’absence de telles dispositions pourrait rendre le marché marocain vulnérable à une entrée massive de produits chinois, notamment dans les segments où la capacité de production locale est limitée.
En outre, la mesure unilatérale de la Chine ne s’accompagne pas d’un engagement réciproque de la part du Maroc, ce qui crée une asymétrie de pouvoir de négociation. Cette situation oblige Rabat à évaluer soigneusement les avantages à court terme contre les éventuelles pertes structurelles à moyen et long terme.
Le débat public autour de l’accord de libre‑échange met en lumière la nécessité d’une stratégie nationale claire, capable de protéger les secteurs stratégiques tout en tirant parti des intrants moins chers. Aucun plan détaillé n’est présenté dans les sources, ce qui laisse la question de la mise en œuvre d’une politique de soutien aux industries locales en suspens.
Enfin, la date d’expiration de l’exemption, fixée au 30 avril 2028, constitue un repère temporel crucial. Au-delà de cette échéance, le Maroc devra décider s’il poursuit une libéralisation accrue ou s’il rétablit des droits de douane pour protéger son équilibre commercial. Les décisions à prendre resteront conditionnées par les données commerciales disponibles à ce moment‑là.
Contexte
Le Maroc et la Chine entretiennent depuis plusieurs années des relations commerciales renforcées, avec des accords bilatéraux ponctuels et une coopération dans divers domaines économiques, mais le cadre actuel reste limité à une exemption tarifaire unilatérale de la part de Pékin.
Pourquoi c’est important
L’éventualité d’un accord de libre‑échange pourrait transformer la balance commerciale déjà très déséquilibrée, affecter la compétitivité des entreprises marocaines et influencer les politiques industrielles du pays.
À suivre
L’évolution des négociations éventuelles entre Rabat et Pékin après le 30 avril 2028.
Les mesures que le Maroc pourrait adopter pour protéger les secteurs industriels sensibles.
L’impact réel des intrants moins chers sur les coûts de production des entreprises locales.
Ce que les sources ne disent pas encore
Les sources ne précisent pas les modalités exactes des contingents tarifaires, ni les secteurs spécifiques qui bénéficieraient d’intrants moins chers ou qui seraient menacés par une concurrence accrue. Aucun détail n’est fourni sur les éventuelles clauses de sauvegarde ou de compensation envisagées.