Le texte de la feuille de route gazière 2025‑2030 décrit une première phase où le port de Nador West Med doit devenir le principal pôle d’importation du gaz naturel liquéfié (GNL). Cette orientation stratégique repose sur la mise en place d’infrastructures de regazéification, notamment une unité flottante de stockage et de regazéification (FSRU) qui serait amarrée au port, selon l’appel à manifestation d’intérêt publié par les autorités marocaines.
Cependant, le même document souligne que le lancement d’un tel chantier est jugé « périlleux » en l’absence d’un cadre juridique clair. Aucun texte de loi n’encadre actuellement le transport, le stockage, la fourniture ni la régulation du marché du gaz naturel, ce qui crée une incertitude juridique pour les acteurs économiques impliqués.
Cette lacune législative trouve ses racines dans une succession de projets de loi qui, depuis le gouvernement d’Abbas El Fassi, n’ont jamais abouti. Les initiatives législatives successives ont été présentées mais sont restées sans adoption, laissant le secteur du gaz sans cadre normatif définitif.
L’impact de cette inertie juridique se traduit concrètement par une réticence des investisseurs. Sans règles du jeu clairement établies, les acteurs privés hésitent à engager des capitaux dans des projets qui pourraient être soumis à des modifications réglementaires imprévues ou à des restrictions étatiques non définies.
Pour l’État, l’absence de cadre législatif limite également sa capacité à préserver ses intérêts stratégiques. L’expérience de la société La Samir, citée comme un exemple d’apprentissage, montre que sans cadre, les marges de manœuvre de l’État sont réduites, notamment en matière de contrôle des prix, de sécurisation des approvisionnements et de gestion des risques environnementaux.
Le texte indique que le déblocage du secteur dépend désormais autant du volet législatif que du volet investissement. En d’autres termes, même si les capitaux étaient disponibles, l’absence de loi empêcherait la mise en œuvre opérationnelle des infrastructures prévues, notamment la construction ou l’affrètement de la FSRU.
Par ailleurs, le projet de Nador West Med s’inscrit dans une dynamique plus large de diversification des sources d’énergie du Maroc. La feuille de route vise à réduire la dépendance aux énergies fossiles importées, mais la réalisation de cet objectif reste conditionnée à la mise en place d’un cadre juridique adéquat pour le gaz naturel.
Les autorités marocaines ont reconnu que la situation juridique actuelle constitue un obstacle majeur. Aucun texte de loi n’a encore été présenté pour réguler le transport, le stockage ou la commercialisation du gaz naturel, ce qui maintient les infrastructures à l’état de projet plutôt que de les faire entrer en exploitation.
En l’absence de cadre législatif, le Maroc risque de perdre des opportunités d’investissement comparativement à d’autres pays de la région qui ont déjà adopté des lois spécifiques au gaz naturel, facilitant ainsi la mise en place d’infrastructures similaires et attirant davantage de capitaux étrangers.
Enfin, la viabilité de la feuille de route gazière dépendra de la capacité du gouvernement à faire progresser le volet législatif. Sans une loi claire, les projets d’infrastructure, même approuvés sur le plan technique, resteront suspendus, retardant ainsi les bénéfices attendus en termes de sécurité énergétique et de diversification du mix énergétique national.
Contexte
Le Maroc, depuis plusieurs années, cherche à développer une filière gazière capable d’assurer l’approvisionnement en énergie du pays, en s’appuyant notamment sur le GNL importé via des terminaux côtiers.
Pourquoi c’est important
Un cadre législatif clair est indispensable pour sécuriser les investissements, garantir la souveraineté énergétique et permettre la mise en service d’infrastructures critiques comme la FSRU de Nador, essentielles à la diversification du mix énergétique maroc…
À suivre
L’adoption éventuelle d’une loi régissant le transport, le stockage et la commercialisation du gaz naturel au Maroc.
L’avancement du projet d’affrètement de la FSRU à Nador West Med et les engagements financiers associés.
Ce que les sources ne disent pas encore
Les sources ne précisent pas les dates exactes de présentation des projets de loi, les montants d’investissement envisagés, ni les noms des entreprises ou des autorités spécifiques impliquées dans l’appel à manifestation d’intérêt.