La Cinémathèque du Maroc, ouverte en 2026, a consacré une exposition à Mohamed Laghzaoui, révélant son rôle central dans la première participation du Maroc au Festival de Venise en 1948. Cette présence, alors que le pays était encore sous protectorat français, représente une première reconnaissance internationale du cinéma marocain, longtemps éclipsé par la production coloniale.
Jusqu’au milieu des années 1930, le paysage cinématographique marocain était essentiellement colonial. Les salles de projection, construites, gérées et fréquentées par des Européens, diffusaient des films importés d’Europe et des États‑Unis. L’architecture de ces cinémas, parfois dotée de toits rétractables pour le climat, ne présentait que peu de différences avec leurs homologues français, et aucune programmation locale n’était envisagée.
Dans les médinas de Casablanca, Rabat et Fès, quelques petites salles – le Parisiana (plus tard le Rio), le Medina et l’Imperial à Casablanca, l’Apollo (devenu le Star) à Rabat, ainsi que le Boujloud et l’Imperial à Fès – accueillaient un public marocain. Ces établissements, modestes et mal équipés, projetaient principalement des films muets, tandis que les talkies en langue française suscitaient peu d’intérêt parmi les spectateurs locaux.
Le tournant décisif s’est produit à la veille de la Seconde Guerre mondiale, avec l’arrivée des premiers films égyptiens. Diffusées à la radio, les mélodies d’Oum Kalthoum et d’Abdel Wahab ont popularisé ce nouveau courant cinématographique, créant un engouement parmi les Marocains de toutes classes sociales, notamment les bourgeois, les ouvriers et les étudiants fréquentant les cinémas de la médina.
C’est dans ce contexte de mutation culturelle que Mohamed Laghzaoui a entrepris son projet cinématographique. Bien que son nom soit aujourd’hui davantage relié à l’histoire du parti Istiqlal, il a dirigé la production d’un long métrage qui a franchi les frontières coloniales pour être sélectionné au Festival de Venise en 1948, une première pour le Maroc.
Le film présenté par Laghzaoui à Venise a été accueilli sur le tapis rouge du festival, offrant au public international une première image du cinéma marocain. Cette reconnaissance a toutefois été rapidement oubliée dans les récits historiques, qui ont privilégié les productions coloniales et les figures politiques plutôt que les contributions artistiques locales.
L’exposition de la Cinémathèque du Maroc souligne l’importance de combler les « blind spots » historiques qui ont marginalisé des acteurs comme Laghzaoui. En réintégrant ces épisodes, les chercheurs espèrent reconstituer une chronologie plus complète du cinéma national, depuis les débuts coloniaux jusqu’aux premières initiatives indépendantes.
Malgré la mise en lumière de cet épisode, les archives restent fragmentaires. Peu de documents détaillent le processus de production du film de Laghzaoui, ni les réactions précises du public marocain à cette première internationale. Cette lacune souligne la nécessité d’un travail d’archivage plus approfondi pour consolider la mémoire cinématographique du pays.
Les historiens du cinéma marocain considèrent désormais la participation de Laghzaoui à Venise comme un jalon essentiel, même s’il reste à déterminer l’impact réel de cette présence sur le développement ultérieur du secteur. La redécouverte de ce fait ouvre la voie à de nouvelles recherches sur les interactions entre le cinéma colonial, les influences égyptiennes et les premières productions locales.
En conclusion, la mise en avant de Mohamed Laghzaoui par la Cinémathèque du Maroc rappelle que le cinéma marocain possède des racines plus anciennes et plus diversifiées que ce que la narration dominante laissait entendre. Ce rappel historique invite à réévaluer les contributions individuelles qui ont façonné le paysage cinématographique avant l’indépendance.
Contexte
Le cinéma marocain, depuis l’époque coloniale, a longtemps été dominé par des productions étrangères, avec peu d’infrastructures dédiées à la création locale. L’émergence de figures comme Mohamed Laghzaoui montre que des initiatives indépendantes existaient déjà avant l’indépendance.
Pourquoi c’est important
Révéler le rôle de Laghzaoui permet de reconnaître les prémices d’une industrie cinématographique marocaine autonome, offrant ainsi une perspective plus nuancée sur l’histoire culturelle du pays.
À suivre
Les futures recherches d’archives sur le film présenté à Venise en 1948.
L’impact potentiel de la redécouverte de Laghzaoui sur les programmes de formation et de valorisation du patrimoine cinématographique marocain.
Ce que les sources ne disent pas encore
Les sources ne précisent pas le titre du film présenté par Laghzaoui, ni les détails de sa production, de sa réception critique ou de son influence sur les cinéastes marocains ultérieurs.