La taxonomie verte marocaine propose une grille de classification des activités économiques en fonction de leur contribution à la transition écologique. Les activités sont réparties en trois catégories : vertes, lorsqu’elles respectent les meilleures performances environnementales prévues ; orange, lorsqu’elles suivent une trajectoire de transition ; et rouges, lorsqu’elles sont incompatibles avec les objectifs climatiques nationaux et internationaux.
Ce cadre vise à lever l’ambiguïté actuelle, où une entreprise peut qualifier un projet de « vert » sans que cette appellation ne repose sur des critères objectifs. Par exemple, une centrale solaire sera automatiquement classée comme verte, tandis qu’une usine réduisant progressivement ses émissions ou un projet d’adaptation climatique nécessitera une évaluation plus fine selon les critères de la taxonomie.
La première phase de la taxonomie se concentre sur quatre secteurs principaux : l’énergie, le transport, l’industrie manufacturière et l’adaptation climatique. Ces domaines ont été sélectionnés pour leur impact significatif sur les émissions de gaz à effet de serre et leur potentiel de transition vers des modèles plus durables.
Le dispositif est conçu comme un outil de référence pour les acteurs financiers et les entreprises. Il servira notamment à évaluer l’éligibilité des projets aux prêts verts, aux obligations vertes, aux sukuk et aux fonds d’investissement durables. Les banques et les investisseurs pourront ainsi s’appuyer sur des critères harmonisés pour orienter leurs décisions.
Contrairement à d’autres cadres réglementaires, la taxonomie marocaine n’impose aucune obligation ni sanction. Son adoption dépendra de son utilisation par les acteurs économiques et les pouvoirs publics. Elle ne crée pas de financement préférentiel ni de taxe incitative, mais offre un référentiel commun pour évaluer la durabilité des activités.
Les critères de classification reposent sur des seuils de performance environnementale, définis pour chaque secteur couvert. Par exemple, une activité industrielle sera considérée comme verte si elle respecte des normes strictes en matière d’émissions de CO₂, de consommation d’énergie ou de gestion des déchets. Les activités en transition, comme celles réduisant progressivement leurs émissions, seront classées en orange.
La consultation publique, ouverte jusqu’au 31 juillet 2026, permet aux entreprises, aux institutions financières et aux citoyens de réagir au projet de taxonomie. Cette étape vise à recueillir des avis pour affiner les critères et s’assurer que la grille reflète les réalités économiques et environnementales du pays.
Les secteurs couverts par cette première phase ont été choisis pour leur poids dans l’économie marocaine et leur potentiel de réduction des émissions. L’énergie, par exemple, représente une part importante des émissions nationales, tandis que le transport et l’industrie manufacturière sont des leviers clés pour une transition vers une économie bas-carbone.
Les sukuk, instruments financiers islamiques, sont explicitement mentionnés comme un véhicule potentiel pour les financements verts au Maroc. La taxonomie servira de base pour évaluer l’éligibilité des projets financés par ces instruments, en alignement avec les principes de la finance islamique et les objectifs de durabilité.
Les fonds durables, qui intègrent des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), pourront également s’appuyer sur cette taxonomie pour sélectionner leurs investissements. Les gestionnaires de portefeuilles financiers utiliseront cette grille pour évaluer la part « verte » de leurs actifs et communiquer sur leur engagement en faveur de la transition écologique.
Contexte
La finance verte au Maroc s’appuie sur des initiatives récentes pour structurer un écosystème financier aligné sur les objectifs climatiques. Plusieurs pays ont déjà adopté des taxonomies vertes, comme l’Union européenne avec sa taxonomie verte, ou l’Indonésie et la Malaisie pour leurs marchés de sukuk. Le Maroc s’inspire de ces expériences tout en adaptant le cadre à ses spécificités économiques et environnementales.
Pourquoi c’est important
Cette taxonomie marque une étape importante pour le Maroc dans sa transition vers une économie bas-carbone. En clarifiant les critères d’éligibilité aux financements verts, elle réduit les risques de greenwashing et facilite l’accès des entreprises marocaines…
À suivre
L’adoption effective de la taxonomie par les banques et les investisseurs, qui déterminera son impact réel sur les flux de capitaux.
Les retours de la consultation publique, qui pourraient entraîner des ajustements dans les critères de classification avant la finalisation du texte.
L’évolution des instruments financiers verts au Maroc, notamment les sukuk et les fonds durables, en réponse à cette nouvelle grille de référence.
Ce que les sources ne disent pas encore
Les sources ne précisent pas les seuils exacts de performance environnementale pour chaque secteur couvert par la taxonomie. De même, le calendrier précis de mise en œuvre de la taxonomie après la consultation publique n’est pas détaillé. Enfin, l’impact concret de cette taxonomie sur les flux de capitaux verts au Maroc n’est pas encore mesurable, car son adoption dépendra des acteurs du marché.