Le texte d’application, le décret 2.25.100, a mis fin à une période d’attente de près de trois ans depuis l’adoption du cadre législatif initial, permettant ainsi aux acteurs économiques de déposer une demande d’autorisation pour installer des systèmes de production d’électricité à partir de sources renouvelables, que ce soit du solaire, de l’éolien ou d’autres technologies compatibles avec le réseau national.
Le cadre juridique distingue trois catégories selon la puissance du projet : les installations inférieures à 11 kW sont soumises à une simple déclaration, celles comprises entre 11 kW et 5 MW nécessitent un accord de raccordement délivré par les services régionaux de mise en service (SRM), et les projets supérieurs à 5 MW requièrent une autorisation explicite de l’Office National de l’Électricité et de l’Eau (ONEE). Cette gradation vise à adapter les procédures aux capacités techniques et administratives des différents acteurs.
En 2026, le marché libre a réservé une capacité d’accueil de 696 MW, dominée par l’éolien, ce qui représente la première portion de la capacité totale que le Maroc envisage d’intégrer dans le réseau via l’autoproduction. Le plan prévoit une montée en puissance jusqu’à 2 647 MW d’ici la période 2029‑2030, reflétant l’ambition de renforcer la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique national.
Le décret prévoit la dématérialisation complète des procédures d’autorisation et de raccordement, un objectif qui n’est pas encore réalisé. À ce jour, les démarches restent en partie papier, ce qui peut ralentir le traitement des dossiers et limiter l’accessibilité du dispositif pour les petites structures ou les particuliers souhaitant se lancer rapidement.
Un plafond de revente de l’excédent d’électricité est fixé à 20 % de la production totale, une limitation qui restreint la capacité des producteurs autonomes à monétiser pleinement leurs surplus. Cette contrainte, combinée à l’absence de mesures d’accompagnement spécifiques, réduit l’incitation financière à investir dans des installations de plus grande taille.
Le cadre d’autoproduction s’inscrit dans une logique de valorisation de l’excédent d’énergie afin de compenser les fluctuations des prix des énergies fossiles. En permettant aux acteurs privés de réduire leur facture énergétique et de revendre une partie de leur production, le dispositif cherche à créer un effet de levier sur les investissements dans le secteur des renouvelables, même si les mécanismes de soutien restent à préciser.
Le texte d’application a été adopté après un long processus législatif, mais un décret complémentaire, prévu pour préciser les modalités opérationnelles, demeure bloqué. Cette absence de clarification officielle crée une incertitude quant aux exigences techniques et aux critères de sélection des projets, ce qui peut freiner la mise en œuvre concrète du dispositif.
Le cadre juridique actuel ne prévoit pas de mécanismes de financement ou de subventions directes pour les projets d’autoproduction, laissant les investisseurs dépendre de leurs propres capacités financières ou de sources de financement privées. Cette lacune pourrait limiter la participation des petites et moyennes entreprises ainsi que des ménages aux projets d’énergie renouvelable.
En dépit de ces limites, le décret 2.25.100 constitue une avancée notable par rapport à l’absence totale de cadre légal auparavant. Il offre une base réglementaire qui pourra être enrichie par des textes complémentaires, notamment en matière de soutien financier, de simplification administrative et d’ajustement du plafond de revente.
Les observateurs soulignent que la réussite du dispositif dépendra de la rapidité avec laquelle les mesures d’accompagnement seront mises en place, ainsi que de la capacité du réseau national à absorber l’énergie supplémentaire sans compromettre sa stabilité. Le suivi de l’évolution du cadre réglementaire et des premiers projets pilotes sera donc crucial pour évaluer l’impact réel de cette première étape.
Contexte
Le Maroc, engagé depuis plusieurs années dans la transition énergétique, a fixé des objectifs ambitieux pour augmenter la part des renouvelables dans son mix énergétique, avec une cible de 52 % d’ici 2030, ce qui place l’autoproduction comme un levier potentiel pour atteindre ces ambitions.
Pourquoi c’est important
L’ouverture du cadre d’autoproduction crée une nouvelle dynamique de production décentralisée, susceptible de réduire la dépendance aux importations d’énergie fossile, d’améliorer la résilience du réseau et de favoriser l’émergence d’un marché local de servic…
À suivre
La publication du décret complémentaire qui précisera les modalités techniques et administratives.
L’évolution du plafond de revente et l’éventuelle mise en place de mécanismes de soutien financier.
Les premiers projets d’autoproduction autorisés et leur intégration au réseau national.
Ce que les sources ne disent pas encore
Les sources ne précisent pas les délais de mise en œuvre de la dématérialisation, ni les critères exacts du plafond de revente au-delà du chiffre de 20 %. Aucun détail n’est fourni sur les éventuelles incitations financières ou les procédures de suivi post‑installation.