Le rapport de Bank Al Maghrib, présenté ce lundi à Rabat, met en lumière une situation contrastée pour les systèmes de retraite au Maroc. Si les augmentations salariales ont effectivement généré des ressources supplémentaires pour les régimes du secteur public, elles ne parviennent pas à prolonger de manière significative l'horizon de viabilité du régime des pensions civiles géré par la Caisse marocaine des retraites (CMR). Cette limite souligne l'insuffisance des mécanismes actuels face aux engagements financiers à long terme.
Concernant le Régime collectif d’allocation de retraite (RCAR), les conclusions de la banque centrale sont plus préoccupantes. Ce régime souffre déjà d'une tarification insuffisante des droits accordés aux bénéficiaires. Selon les analyses présentées, les récentes hausses de salaires devraient, au contraire, dégrader les indicateurs d'équilibre financier de ce régime spécifique, accentuant ainsi sa vulnérabilité structurelle.
La Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) présente un profil différent pour sa branche retraite à long terme. Bien que ce régime affiche un excédent global soutenu par une dynamique démographique favorable, il demeure fragilisé sur le long terme. La banque centrale pointe une sous-tarification structurelle qui menace la stabilité de ce mécanisme malgré les indicateurs actuels.
L'analyse chiffrée montre une montée en puissance des flux financiers liés à la protection sociale. Les cotisations versées par 5,1 millions d’affiliés ont atteint 73 milliards de dirhams en 2025, marquant une progression de 9,3 % par rapport à l'année 2024. Cette augmentation des ressources est directement liée à l'évolution des revenus des assurés.
Parallèlement, les prestations et pensions versées à 1,5 million de retraités ont connu une croissance de 5,8 %, s'établissant à un montant total de 75,3 milliards de dirhams. Cette hausse des dépenses de retraite reflète l'augmentation des droits et des prestations versées aux bénéficiaires du système.
Le cas de la Caisse marocaine des retraites (CMR) illustre l'impact des politiques salariales sur les régimes publics. Les cotisations au régime des pensions civiles sont passées de 31,9 milliards à 35,6 milliards de dirhams. Cette hausse de 11,7 % est portée par l'entrée en vigueur, à partir de juillet 2025, de la deuxième tranche de l'augmentation générale des salaires.
Toutefois, cette hausse des recettes ne compense pas l'augmentation des charges pour la CMR, les pensions servies ayant augmenté de 4,7 % pour atteindre 41,1 milliards de dirhams. La banque centrale rappelle qu'une réforme globale du système, structurée autour de deux pôles (public et privé), demeure une option pour réduire les engagements non couverts et assurer la pérennité financière.
Les limites actuelles du système reposent sur l'incapacité des hausses de cotisations à stabiliser durablement les équilibres. La transition vers un modèle structuré en deux pôles distincts est identifiée comme le levier nécessaire pour répondre aux engagements financiers de long terme et sécuriser les régimes face aux risques de sous-tarification.
Contexte
Le rapport de Bank Al Maghrib intervient dans un contexte où la gestion des engagements de retraite devient un enjeu de stabilité financière pour le pays.
Pourquoi c’est important
La persistance de la sous-tarification dans des régimes comme le RCAR ou la CNSS pourrait compromettre la capacité des institutions à honorer leurs engagements futurs malgré la hausse des cotisations.
À suivre
L'évolution des indicateurs d'équilibre du RCAR suite aux dernières hausses salariales.
La mise en œuvre effective d'une réforme structurée en deux pôles public et privé.
Ce que les sources ne disent pas encore
Le rapport ne précise pas le détail des engagements non couverts ni les modalités techniques de la réforme à deux pôles.