L’interview de Bouanou, publiée dans le numéro du 15 mai 2026 de TelQuel, s’appuie sur son livre où il analyse la crise du cheptel comme le résultat d’une évolution structurelle de la politique agricole marocaine depuis le lancement du Plan Maroc Vert.
Il rappelle que le Maroc a traversé plusieurs sécheresses sévères dans les années 1980 et 1990, périodes durant lesquelles le cheptel avait chuté de 20 % à 30 % avant de connaître une reprise progressive, grâce à des mesures de soutien ciblées aux éleveurs.
Selon le Conseil économique, social et environnemental (CESE), entre 2008 et 2020, le budget alloué à l’agriculture intensive et aux grands projets s’élève à environ 99 milliards de dirhams, contre seulement 14 milliards destinés à la petite agriculture solidaire, illustrant un déséquilibre budgétaire majeur.
Bouanou argue que cet investissement disproportionné a favorisé les cultures destinées à l’exportation, reléguant l’élevage et l’agriculture vivrière au second plan, ce qui a affaibli la résilience du cheptel face aux aléas climatiques.
Il précise que la sécheresse actuelle a agi comme un catalyseur, mais que la vulnérabilité du secteur animalier était déjà installée par les politiques antérieures, rendant l’effondrement du cheptel « inévitable ».
Le chercheur critique également l’absence de mesures compensatoires pour les petits producteurs, qui ont vu leurs revenus diminuer alors que les grandes exploitations bénéficiaient de subventions et d’infrastructures modernes.
En conclusion, Bouanou estime que la responsabilité politique est telle que le Chef du gouvernement, à la tête de la mise en œuvre du Plan Maroc Vert, aurait dû démissionner pour permettre une réorientation des priorités agricoles.
Cette prise de position intervient alors que le gouvernement prépare le prochain cycle budgétaire, offrant une fenêtre d’opportunité pour réévaluer les allocations de fonds entre agriculture intensive et élevage.
Les organisations de producteurs et les syndicats agricoles ont déjà réagi, appelant à un dialogue national sur la sécurité alimentaire et la diversification des filières, sans toutefois confirmer les exigences de Bouanou.
Contexte
Le Plan Maroc Vert, lancé en 2008, visait à moderniser l’agriculture marocaine en augmentant les rendements et les exportations, mais il a suscité des critiques quant à son impact sur la petite agriculture et l’élevage, deux secteurs clés pour la sécurité alimentaire du pays.
Pourquoi c’est important
Comprendre les causes structurelles de la crise du cheptel permet d’évaluer la pertinence des politiques agricoles actuelles et d’anticiper les risques de pénurie de produits d’origine animale, essentiels à la nutrition et à l’économie rurale du Maroc.
À suivre
L’évolution du budget agricole dans le cadre du prochain plan de finances publiques.
Les réactions officielles du Chef du gouvernement et du ministère de l’Agriculture face aux accusations de Bouanou.
Ce que les sources ne disent pas encore
Les déclarations de Bouanou sont limitées à son analyse et à des chiffres fournis par le CESE ; aucune donnée officielle supplémentaire n’a été présentée pour quantifier l’impact direct du Plan Maroc Vert sur la mortalité du cheptel.